Cela faisait plusieurs mois que je souhaitais m’arrêter lorsque je passais devant ce hangar qui semble abriter une scie, entre Chapteuil et le Freysse, le long de la route départementale 15. Il ne manquait qu’un prétexte et ce projet de recherche en était un. Marc Palhier, habitant des lieux et scieur à façon, est souvent dehors, où des billons prêts à être transformés sont entreposés à côté de planches, d’un transpalette et d’un tracteur. Toutefois, le rendez-vous que nous avons pris m’amène à revenir une fois la nuit tombée. C’est dans un bureau attenant à l’entrée qu’il me reçoit. Nous verrons la scie plus tard.
« Depuis l’âge de 22 ans je suis dans le bois », commence Marc Palhier. « J’étais militaire et j’ai été embauché par un patron qui faisait de l’ébénisterie. Il y avait une scierie. L’hiver on travaillait pour l’atelier et l’été on faisait des charpentes ou autre chose. J’ai tout appris sur le tas, j’ai jamais eu de formation de scieur. » « Au début j’étais manœuvre, j’ai commencé comme manœuvre, en rentrant les bois à l’épaule ou en les roulant. Il y avait pas d’élévateur, c’était comme ça partout. » Puis le scieur en poste décide de partir. Le patron demande à Marc de le suivre devant le chariot de la scie où il vient de monter une bille. « Alors il m’a planté là avec le bout de bois et tout le bazar. Il m’a dit débrouillez vous avec cette affaire. Moi je lui ai scié sa pièce de bois bien comme il faut, ça a été fini. » Les essences sont celles que l’on trouve dans la région et viennent surtout du coin – Champclause, Montusclat, Boussoulet. Parfois de plus loin en fonction de la demande. « On sciait beaucoup du pin et du chêne, oui, du sapin aussi, quand on faisait de la charpente c’était du sapin, souvent du sapin. De l’épicéa à l’époque il y en avait pas trop. Quelques mélèzes, mais très peu, c’était pas du bois de région. »
Après trois ans dans cette première entreprise, il achète sa propre scierie – celle où il exerce encore ponctuellement aujourd’hui. Son ancien patron lui laisse un lot de pins acheté au père de Marc pour qu’il puisse se lancer. « Il m’a dit tu me paieras quand tu les auras sciés. C’était le jackpot ! C’est arrivé juste au printemps, au mois de mai. J’ai scié ça pour commencer et puis petit à petit, j’ai scié des charpentes – et en voiture. » Il se consacre aux résineux du territoire, pins et sapins majoritairement, fait un peu de palette et, « avec deux bons hommes », beaucoup de charpente. Aussi, il transforme un peu du hêtre pour des menuisiers de la commune qui ont obtenu les marchés pour meubler les centres de vacances de Chapteuil et au Betz. « Ils faisaient des tabourets, des bancs, des tables… »
Alors, les scieurs sont nombreux autour du Meygal. « C’est pas compliqué, quand on allait acheter une coupe à Mont Chanis, on était une quinzaine. Il y avait quinze scieurs pour acheter la coupe de bois. C’était pas de la rigolade. C’était à celui qui en offrait le plus. Et alors là-haut on était à l’assemblée [de Rocherols] et il y avait le casse-croûte offert par le vendeur. » S’il achète alors du bois déjà abattu et trié, il commence aussi à s’occuper de l’exploitation auprès de particuliers. « J’ai appris sur le tas. Je faisais même un peu comme l’espace vert, les bois qui étaient dangereux à tomber ou n’importe… Oui, j’ai fait le bûcheron, j’ai fait aussi le bûcheron dans mes temps creux, et débardeur et tout. De A à Z ! Oui moi ça m’inquiétait pas. J’ai même tombé du bois pour les abatteuses, alors vous avez qu’à voir ! »

