INTENTIONS

Retour vers la forêt future est un projet de recherche-action-création porté par des chercheurs en sciences humaines et en écologie, des artistes et des élus de plusieurs communes de Haute-Loire.

Il vise à encourager la gestion collective des forêts du territoire en partant de l’expérience des habitant·es qui les fréquentent, y travaillent ou cherchent à les préserver, qu’ils soient propriétaires, ayant-droits de biens de section ou simples usagers.

Vers une conservation conviviale

Mettre en œuvre une conservation de la biodiversité sur un territoire rural ne peut plus s’envisager sans l’implication de ses habitant·es, a fortiori quand ce sont leurs activités qui ont en grande partie façonné les milieux à protéger.

Mais les dispositifs de conservation en vigueur sont-ils à même de répondre à cette exigence d’implication ? C’est là le point de départ du projet d’enquête que nous voulons mener autour de nos territoires de vie. Il est aujourd’hui urgent d’expérimenter une forme de « conservation conviviale », mêlant apprentissage de la cohabitation avec le vivant et participation démocratique dans une perspective de changement structurel.

Notre projet se déploie dans le cadre du programme Érable, inscrit dans la stratégie nationale de la biodiversité. Celui-ci fédère à l’échelle nationale une vingtaine d’initiatives similaires.

Où ?

Le projet s’appuie principalement sur les forêts de moyenne montagne du Meygal et des Monts Breysse, situées au sud-est de la Haute-Loire et aux confins de l’Ardèche, en partie inscrit au sein du Parc naturel régional (PNR) des Monts d’Ardèche.

Les communes de Saint-Julien-Chapteuil, de Queyrières et du Monastier-sur-Gazeille soutiennent et accueillent ce projet, orienté par une approche de la forêt en tant que bien commun. Ce territoire est sujet aux tensions qu’engendrent les dynamiques rurales contemporaines autour des usages de l’espace. Ce que l’on appelle les « biens de section » le montrent bien : pour les un·es, cette forme de propriété collective de la forêt est constitutive de l’identité du territoire et certain·es imaginent y trouver une entrée pour s’impliquer dans la vie locale ; pour d’autres, c’est une survivance et un obstacle à une gestion publique rationnelle des espaces naturels.

Le constat : des forêts morcelées et sous pression

La forêt est aujourd’hui un écosystème sous pression. Elle doit répondre à plusieurs injonctions, qui parfois se recoupent, et parfois se contredisent.

C’est à la fois un refuge de biodiversité, un lieu de production de bois, un espace de détente, de tourisme et de sports nature, un milieu servant à la compensation écologique des impacts de projets infrastructurels, une zone de captage d’eau… La forêt est un écosystème vulnérable, soumis aux dérèglements climatiques et écologiques (scolytes, sécheresses, « Nouveau territoire du feu »), et dont les essences principales, comme le sapin pectiné et l’épicéa sur nos territoires, ne sont pas toujours bien adaptées au changement climatique.

Or, la gestion de la forêt est liée à une grande diversité d’acteurs et de propriétaires (privés, publiques, associatifs…), qui tendent à penser les enjeux de manière parfois trop sectorielle, et à l’échelle restreinte de leurs propriétés. Pour sortir du morcellement des modes de gestions, des visions et des décisions, et retrouver la continuité de l’écosystème forestier commun qui se tient sous les limites parcellaires du cadastre, nous pensons qu’il est nécessaire de changer d’échelle pour agir plus globalement. Nous sommes tous confrontés aux situations critiques qui traversent les différents statuts fonciers. Par-delà la diversité des approches et des points de vue, la forêt et ses devenirs nous impactent tous, à des degrés divers. Comment penser la forêt dans son ensemble ? Comment se doter d’une vision à l’échelle du massif ?

L’objectif : une réappropriation habitante

Face à ces constats, et dans une volonté de protection de la forêt sur le temps long, nous pensons qu’il est impératif que les habitants se réapproprient la connaissance du milieu forestier, pour mieux en saisir les enjeux et la complexité.

Notre démarche consiste à rencontrer et à faire dialoguer tous les acteurs de la forêt, allant du propriétaire au scieur, en passant par l’agent ONF, aux membres des associations et aux simples promeneurs.

Deux grandes questions guident notre recherche : comment aller vers une gestion plus collective des forêts ? Comment aller vers une gestion plus vertueuse des forêts ? Nous pensons que c’est dans l’articulation de ces deux questions que nous trouverons des voies de réponses innovantes : comment gérer la forêt collectivement pour mieux la conserver ?

La méthode : explorer le passé, le présent et le futur

Nous menons depuis un an un travail d’enquête, qui mêle entretiens, sorties sur le terrain et recherche dans les archives publiques et privées.

Ce travail nous permet peu à peu de faire surgir la mémoire des lieux et de dresser le portrait « géopolitique » des forêts du Meygal et des Monts Breysse.

Le premier objectif est d’identifier et comprendre la trajectoire déjà là, puis d’identifier et de comprendre les éléments perturbateurs de cette trajectoire, selon des problématiques à la fois nationales et globales, mais qui sont à caractériser finement sur notre territoire.

Le second objectif est d’identifier et de comprendre les signaux faibles et les potentiels de transformation déjà là, qui vont vers plus de collectif ou plus de protection (ce sont les acquisitions foncières engagées, menées soit par des associations ou des privées, qui cherchent par exemple à recréer une approche collective du travail en forêt, ou bien à ne plus intervenir pour laisser la forêt vieillir et s’occuper d’elle-même, lorsque cela fait sens).

Enfin, le troisième objectif sera d’identifier et comprendre comment faire bifurquer cette trajectoire à partir de là, en passant par une première phase de constitution d’un comité de pilotage de lancement avec les premiers intéressés.

L’horizon : vers une assemblée des usages ?

Le projet vise à mettre en place une expérimentation collective locale, qui prendra la forme d’une assemblée des usages de la forêt.

Cette assemblée ne sera pas réservée aux seuls propriétaires des biens ou aux gestionnaires, mais à tout habitant des communes concernées sur le massif du Meygal.

Cette assemblée est envisagée comme un lieu participatif où se tissent de nouvelles relations entre les habitants, les élus et les praticiens de la forêt. Nous souhaitons proposer une perspective « conviviale », où les habitants peuvent devenir une force de proposition à part entière pour les formes de gestion et de protection de la biodiversité des forêts. Cette assemblée nourrira ainsi les visions des élus et en retour permettra aux citoyens d’avoir accès à des leviers d’action communaux.

Notre ambition est de proposer un outil de travail commun et transversal, pour fédérer les énergies, pour dépasser l’agrégation de structures déjà existantes, et pour produire une nouvelle structure collective, qui nous aidera à protéger la forêt de demain, face au dérèglement climatique et à la perte de biodiversité, et au défi de savoir comment mieux utiliser la forêt sans en compromettre l’avenir.