Une coupe rase effectuée sur durant l’hiver près de La Chaise Dieu, sur la commune de la Chapelle-Geneste, a suscité de nombreuses réactions indignées parmi des riverains et des professionnels de la forêt et du bois. Le Centre national de la propriété forestière (CNPF), l’établissement public en charge de la forêt privée, a réagi à la situation en raison de la non-conformité de la coupe et, aussi, des commentaires qu’elle a suscitées. Une réunion publique est donc organisée pour aborder la gestion forestière dans le massif du Livradois et plus largement en Haute-Loire – réunion à laquelle nous nous rendons. Ce petit écart géographique dans un massif forestier proche nous permet de mieux apprécier les enjeux qu’implique l’exploitation forestière sur notre territoire et les différentes postures adoptées par les professionnels de la filière forêt-bois, les propriétaires forestiers privés, les riverains qui fréquentent les espaces boisés.
À notre arrivée, une cinquantaine de personnes sont rassemblées en bord de route, à proximité des trois parcelles qui seront visitées. Devant une sapinière, Philippe Meyzonet, le vice-président chargé de la forêt et de la ruralité à la communauté d’agglomération du Puy, fait un discours introductif. Il est suivi par Philippe Couvin, ingénieur forestier au CNPF de Haute-Loire. Ce dernier s’adresse en priorité aux propriétaires et aux acheteurs de bois, ajoutant qu’il n’y a « rien de mieux que le terrain pour parler ». Il cite un article de L’Éveil paru ce jour à propos de la coupe rase qui a suscité la réunion, dans lequel lui et Philippe Meyzonet sont interviewés. Il se demande « comment on adapte la gestion en fonction des essences et pas seulement pour des raisons économiques », mais insiste néanmoins sur la richesse que constituent des bois de valeur et rappelle que, si elle est différente de l’agriculture, « la forêt est une culture » elle aussi.
À l’adresse de l’assemblée, il poursuit : « Beaucoup d’entre vous ne savent pas ce qu’il faut faire pour bien gérer », ajoutant que ça n’est pas illégitime, mais qu’il faut se former. Il mentionne le coût entraîné par l’obligation de replantation et note que, souvent, la coupe rase conduit à une « impasse », comme c’est le cas dans la parcelle voisine, qui fait l’objet de la controverse. « Il arrive que certaines coupes rases soient légitimes, mais dans la majorité des cas, ce n’est pas justifié. Le propriétaire devrait faire des coupes régulières. » Il termine en précisant ce qui a motivé l’organisation d’une telle réunion : « Je ne vous cache pas qu’on est venu là parce qu’on nous a beaucoup interpellés. » À ses côtés se tiennent Baptiste Comte, de la communauté d’agglomération, Bastien Couvy, technicien de secteur au CRPF et Didier Cornut, représentant des propriétaires privés au conseil de centre du CNPF. Sont également présents deux gestionnaires forestiers indépendants, Virginie Monatte et Nicolas Fayet, qui s’occupent d’une parcelle proche et apporteront tout au long de la sortie un regard complémentaire bienvenue.
Nous nous arrêtons successivement dans ou aux abords de trois parcelles voisines. La première est une sapinière régulière, où il n’y a pas eu d’exploitation depuis une dizaine d’années. Il n’y a pas de traces de dépérissements comme à des altitudes plus basses. La visite donne lieu à des débats sur le prix de vente du bois, la positions des différents intervenants, dont les gestionnaires forestiers indépendants qui, comme le rappellent les trois professionnels présents, ne sont pas des acheteurs de bois. Plusieurs arbres sont pris à témoin pour discuter d’une palette de choix sylvicoles à effectuer. La deuxième forêt, ou plutôt ce qu’il en reste, est celle qui a entraîné cette réunion. Elle est composée de deux parcelles d’un peu moins de 4 hectares sur lesquelles il ne reste rien d’autre que des piles de billons sur le bord de la route. C’est, entend-on, « l’illustration de ce qu’il ne faut pas faire ».
La troisième forêt visitée est une sapinière de neuf hectares justement prise en charge par les deux gestionnaires forestiers indépendants présents, selon les principes de la sylviculture mélangée à couvert continu. Ils notent que la coupe rase attenante a eu un véritable effet sur la lisière de cette parcelle, impliquant une perte d’ambiance forestière et des dépérissements importants. L’ingénieur forestier du CNPF commente les lieux : « Ici il y a eu plusieurs coupes de jardinage, c’est une forêt beaucoup plus vivante que l’autre. » Les gestionnaires poursuivent leur présentation, expliquant que leur mode de gestion a des avantages en termes de séquestration du carbone, pour la diversité du peuplement, mais aussi pour le prix de vente du bois. « Au sein d’un même groupe d’arbres, on travaille pour du gros bois de qualité » commente Nicolas Fayet. Sa collègue Virginie Monatte complète en mentionnant les conséquences que cet objectif a sur le marquage des arbres à abattre : « À l’école j’ai appris à enlever tous les plus moches et branchus. Nous, on travaille au profit des plus beaux. » Et de conclure que leur sylviculture est là pour concilier au maximum toutes les dimensions – sociales, environnementales, économiques, etc.

