
Un samedi de novembre, 9 heures, lieu-dit La Calla, Chamclause. Malgré la bruine matinale et la couche de neige qui persiste au sol, quelques curieux, tous propriétaires d’une parcelle de forêt et usagers des bois, nous ont retrouvés ce matin-là pour initier un réseau de placettes forestières à l’échelle du massif du Meygal. Cette première sortie s’est déroulée dans un ensemble de parcelles appartenant à Jean-Luc Sortais, habitant du hameau de Montvert et élu à la commune de Champclause. Ce dernier a acquis au fil des ans plusieurs hectares de forêts de composition et de structure variable, dans lesquelles il a accepté d’accueillir des placettes permanentes.
Des placettes ? Le terme ne dit peut-être pas grand-chose à celles et ceux qui le lisent pour la première fois. Il s’agit d’une méthode d’inventaire reposant sur la délimitation d’un espace au sein duquel une série de mesures est réalisée et reproduite d’une année sur l’autre. Le but est ainsi d’entamer le suivi d’un ensemble de facteurs qui varient au cours du temps. Ces facteurs peuvent être la croissance des arbres, la densité de bois mort au sol et de chablis, la vigueur de la régénération naturelle ou bien celle du houppier. S’il est intéressant de suivre l’évolution d’un même endroit en fonction des aléas climatiques et météorologiques qu’il subit ou de l’exploitation du bois qui y est effectuée, l’intérêt est accru dès lors que les placettes sont comparées les unes avec les autres à l’échelle d’un même massif comme à l’échelle nationale ou continentale. C’est ce qu’expérimente Xavier Morin, écologue et partenaire scientifique de Retour vers la forêt future, dans le cadre de ses recherches.

Un moment a d’abord été consacré à la présentation des diverses méthodes d’inventaire qu’il serait possible d’expérimenter. Pour cette première sortie, nous avons choisi la simplicité et la pédagogie : on a décidé de mesurer tous les arbres qui présentent un diamètre supérieur à 7,5 centimètres et d’enregistrer leur essence dans un rayon de 10 mètres autour d’un point, puis de mesurer les arbres d’un diamètre supérieur à 30 centimètres dans un rayon plus grand. Répéter d’une année sur l’autre, cette démarche permet d’évaluer l’accroissement de chaque arbre en fonction des événements météorologiques et climatiques qu’il a subi durant ce même laps de temps. Nous avons également présenté l’outil permettant de réaliser un indice de biodiversité potentielle (IBP), ce qui nous a amené à aborder l’histoire longue des parcelles dans lesquelles nous nous retrouvions et de prêter attention aux dendro-microhabitats, c’est-à-dire tous les milieux de vie qu’abritent les arbres pour des espèces d’insectes, de micro-mammifères, d’oiseaux ou encore de champignons.
Jean-Luc nous a ensuite fait parcourir une parcelle où se trouvent des arbres remarquables par leur taille et leur longévité, comme le hêtre au port champêtre sur la photo ci-contre qui aurait environ 350 ans. Puis, suivant les chemins qu’il a patiemment façonnés pour se promener et pour sortir le bois de chauffage qu’il extrait des arbres tombés à terre, nous avons décidé de faire un premier relevé dans une clairière reboisée spontanément depuis quelques dizaines d’années, sans doute après une tempête. Après avoir marqué d’un piquet le centre de notre placette, nous avons délimité la zone d’inventaire puis renseigné tous les arbres d’un diamètre suffisant dans un tableau. Ceux-ci sont majoritairement des espèces pionnières – saules marsaults, bouleaux pubescents, peupliers trembles – ainsi que les espèces plus longévives qui devraient à terme prendre le dessus – sapins pectinés et hêtres communs. D’autres relevés pourront être réalisés à l’avenir dans ce même périmètre à propos du bois mort au sol, de l’état de santé du peuplement ou de la biodiversité qui s’y trouve ou pourrait s’y trouver à l’avenir. L’accueil d’Antonin Duret, étudiant de master à Saint-Étienne, à partir du premier trimestre 2026, permettra de mettre en œuvre ces inventaires plus fastidieux et techniques.




Nous avons ensuite poursuivi notre parcours dans des zones présentant de forts contrastes, dus notamment à la présence de sources, de petits cours d’eau et de mares intermittentes. Jean-Luc nous a indiqué quelques espèces végétales inféodées à ces milieux humides et froids qui sont particulièrement vulnérables à l’exploitation forestière intensive ou au changement de condition climatique. Il nous a enfin emmené dans une sapinière issue d’une plantation, dans laquelle il a choisi de faire faire une éclaircie par l’intermédiaire d’une coopérative forestière du territoire. Il a expliqué avoir sélectionné lui-même les arbres à abattre avec le technicien auquel il a fait appel, abattage qui a été réalisé ensuite avec une machine.
Chaque participant a pu abonder aux discussions, pour Fabien en mobilisant la flore forestière qu’il avait amené ou pour Christophe en demandant des précisions sur la succession des essences dans les forêts de moyenne montagne. Cette première sortie nous a permis de nous familiariser avec des méthodes d’inventaire utiles à l’acquisition de données pour nourrir des études scientifiques et a été une première pierre posée pour la constitution d’un réseau à l’échelle du massif du Meygal, animé par ses habitants.
Les prochaines sessions se feront au rythme d’une par mois à partir de janvier 2026. On vous y attend !

