Par une belle journée de printemps, nous nous rendons à La Banque, lieu-dit du hameau de Raffy, lui-même situé dans la commune de Queyrières. Nous sommes reçus par Catherine et Franck Noury, un couple d’habitants prompt à entretenir la mémoire de la forêt et à s’investir dans son présent.

Chez Catherine et Franck
Autour d’un café, Catherine tient d’abord à partager ce dont elle a hérité: le journal intime de son père, Marcel Nicolas, ainsi qu’une série de photographies prises par lui durant les années 1940. Le témoignage sur la vie de l’époque est incroyablement précieux, laissé par un homme qui a passé une grande partie de sa vie à Raffy. Nous apprenons notamment que durant la seconde guerre mondiale, Marcel Nicolas travaillait à couper “les arbres à poteaux” pour le compte des Eaux et Forêts. Son journal mentionne de longues journées de labeur, sans qu’il soit possible de savoir comment il était rémunéré : les habitants glanaient-ils en échange les branchages pour constituer des fagots? Ou bien étaient-ils payés? Nous promettons de chercher des réponses à ces questions aux archives départementales.


En balade…
Nous partons ensuite en balade sur le Montivernoux, pour visiter une série de parcelles dont Catherine et Franck souhaitent nous faire le récit.
La première leur appartient: dans les années 1940, le père de Catherine y faisait pâturer ses vaches et s’asseyait sur une grosse pierre, perdue au milieu du pré. Plus tard, la parcelle fut boisée, avant une coupe des arbres dans les années 2000. Aujourd’hui, Catherine et Franck laissent les lieux en libre évolution et viennent parfois s’asseoir au milieu d’un fouillis de jeunes arbres, sur la même pierre où Marcel se reposait.


Nous poursuivons notre chemin jusqu’à atteindre une maison en ruine, entourée de douglas, de sapins et d’un grand pin d’Autriche. Une toute autre histoire s’est jouée à cet endroit, et c’est celle des maquisards de Raffy. Franck et Catherine nous expliquent que depuis ce site, ils pouvaient surveiller tous les alentours et anticiper l’arrivée de l’ennemi. Il est difficile de se le figurer aujourd’hui, tant la forêt a envahi les lieux et rendu impossible une observation des routes et chemins arrivant jusqu’ici.

Nous achevons notre promenade sur une coupe rase, fraîchement réalisée, que Catherine et Franck tenaient à nous montrer. Ils s’en émeuvent, nous montrent les sols saccagés et l’immense surface de forêt subitement disparue. A Raffy, sur un court et même chemin, trois destins forestiers.

