Le 21 février dernier, une quinzaine de personnes s'est retrouvée, à proximité d'un bois de pins sylvestres, pour participer notre troisième sortie en forêt. Après les hauteurs humides de La Calla, commune de Champclause, puis de Raffy, commune de Queyrières, c'est dans un tout autre genre de peuplement, à Auteyrac, commune de Saint-Julien-Chapteuil, que nous avons mis en place une nouvelle placette forestière. Un premier temps d'échange nous a permis d'évoquer les avancées du projet de recherche en cours et d'annoncer les prochaines destinations de l'agence spatio-temporelle du Meygal, proposées par Sonia Derzypolski. Puis nous avons suivi Pascal et Geneviève Rascle, qui nous ont mené, après une quinzaine de minutes de marche sur une piste, à l'entrée des parcelles dans lesquelles ils souhaitaient nous accueillir. Le massif dans lequel les parcelles se situent est majoritairement composé de pins sylvestres, parmi lesquels poussent parfois des pionniers, comme des bouleaux, ainsi que de jeunes chênes dont les feuilles, à cette saison, sont marcescentes, c'est-à-dire brunes et encore attachées aux rameaux.

Un tas de bois signale que nous approchons des limites des deux parcelles. Pascal sort en effet quelques stères chaque année, qu'il tire jusqu'à la piste avec sa jument, puis sort du bois en tracteur. Il choisit pour cela principalement les arbres qui gênent les déplacements ou ceux qui sont les plus tordus. C'est l'occasion de revenir sur l'histoire récente de ce petit bout de forêt, acquis par le couple une dizaine d'années plus tôt. Des murets de pierre montrent que c'était auparavant une prairie, dans laquelle, peut-être, étaient déjà présents quelques pins sylvestres. Une coupe importante a été effectuée au début des années 1950. Depuis, il semble que le pin a doucement colonisé l'ensemble de la surface, ce que montrent également l'évolution des photos aériennes. Depuis leur acquisition, Pascal et Geneviève ont constaté une forte dynamique du sous-bois, avec une régénération importante, notamment de chênes.
Nous profitons d'un second arrêt un peu plus haut dans la pente pour évoquer l'histoire du pin sylvestre dans la région et ses spécificités écologiques. Cette essence pionnière, qui pousse en pleine lumière, a en effet été l'une des premières à recoloniser le territoire après la dernière grande glaciation. Elle bénéficie d'une production de graines importante, de quelques centaines de milliers à parfois un million par arbre chaque année, dont certaines peuvent être portées par le vent jusqu'à plusieurs kilomètres. Les semis se développent particulièrement bien sur d'anciennes prairies pâturées, où la végétation est trop rase pour les concurrencer - raison pour laquelle les jeunes bois de pins sylvestres sont si présents en moyenne montagne où décline l'activité pastorale. Dans les cantons situés à proximité du Puy-en-Velay, des bois de pin ont été exploités en taillis jusqu'au début du XXe siècle pour alimenter les fours à pain et les briqueteries en combustible, donnant aux arbres une forme caractéristique, très sinueuse, une fois qu'ils ne sont plus exploités.

Plusieurs participants ajoutent leurs connaissances en pédologie, géologie et botanique pour finir de décrire le peuplement forestier dans lequel nous sommes. Francis Collet revient sur la flore caractéristique des sols acides, tandis que Bernard Montorier rappelle la présence ancienne de carrière dans le secteur et les particularités de la roche qui affleure ici.

Un point central autour duquel effectuer un indice de biodiversité potentielle (IBP) est ensuite identifié. Ce mode d'inventaire permet de calculer un score rendant compte des habitats que propose une parcelle forestière pour la faune et la flore. Il est utilisé pour aiguiser le regard des propriétaires sur la biodiversité qu'abrite ou pourrait abriter leur forêt et ainsi les inciter à faire des choix la préservant. Un cercle de 20 mètres de rayon est délimité, au sein duquel sont identifiés tour à tour les essences endémiques en présence, les strates de végétation que l'ont peut observer ou encore les dendro-micro-habitats portés par des arbres, c'est-à-dire les petites structures et particularités présentes sur le tronc, dans les branches, à la base ou à la cime des arbres, qui accueillent des chauves-souris, des oiseaux, des insectes ou des plantes spécifiques. Le score établit par le groupe à la fin de l'inventaire, peu élevé, peut paraître décevant à première vue. C'est simplement qu'il est la manifestation d'une forêt jeune, en transition d'une pinède vers une forêt plus mélangée.
La prochaine sortie nous conduira de nouveau à Raffy, commune de Queyrières, le 15 mars prochain, pour observer une plantation d'épicéas ainsi qu'une parcelle reboisée de façon spontanée après une coupe récente. Ce sera l'occasion, là encore, de former notre regard à la diversité des situations forestières qu'on peut rencontrer autour du Meygal et d'élaborer, ensemble, un réseau de placettes forestières permettant de le documenter.




