Premier jour d'avril. Quelque part sur le plateau du Haut-Lignon, entre le Mazet-Saint-Voy et Le Chambon-sur-Lignon. Je retrouve Yoann Aujard, couvreur-zingueur installé à Boussoulet, et Gaspard Filleton, embauché pour lui prêter main-forte cette semaine-là, sur un petit chantier de réparation. Il s'agit de consolider la charpente d'une grange, dont un des éléments porteurs est fendu. Dehors, les températures sont négatives, la végétation est recouverte de givre. A l’abri du bâtiment il ne fait guère plus chaud. Trois petites tasses de tisane viennent contrer un peu la sensation de froid. Elles sont posées sur une pièce de bois rectangulaire, longue de deux mètres et haute d'une vingtaine de centimètres, qui servira, quelques minutes plus tard, de poteau pour soutenir la charpente défectueuse. C'est en partie pour assister à sa pose que je suis venu ce matin-là, car cette pièce, c'est du sapin pectiné provenant d'une parcelle de la forêt du Meygal, quia été scié sous un hangar situé à une dizaine de kilomètres, à Recharinges, par Pascal Jouve. Lors d'une rapide visite, ce dernier m'avait indiqué la provenance et la destination du billon qui était posé sur son banc de scie, prêt à être transformé en poutre, planche ou volige. Il m'avait alors semblé intéressant de suivre sa route jusqu'à l'endroit où les différentes sections sciées seraient employées.

L'endroit, c'est donc une grange qui abrite des piquets de clôture, du matériel d'équitation, une barque et des cannes à pêche. Yoann et Gaspard m'expliquent la nature de la réparation qu'ils ont à effectuer. Un entrait, soit la poutre horizontale qui forme la base d'une ferme, s'est fendu au niveau d'un nœud, près de son point d'appui sur un mur porteur, fragilisant toute la structure. Pour le consolider, les deux travailleurs entendent placer un poteau sous la partie endommagée, qui sera fixé à l'entrait et à l'arbalétrier à l'aide d'une jambe de force. Peu familier du vocabulaire de la charpente, je peine d'abord à me représenter la marche à suivre. Un schéma, dessiné sur une chute, m'y aide.

Passées les explications à destination du néophyte, Yoann et Gaspard entament les découpes des différentes pièces. Quand, momentanément, les scies circulaires se taisent, la discussion reprend. Yoann m'explique avoir choisi du sapin pectiné pour cette réparation parce que c'est "du bois de pays". Si le Douglas est souvent préféré par les charpentiers, l'omniprésence de sapin pectiné dans le secteur amène Yoann à préférer ce dernier, d'autant plus s'il est transformé par un des derniers scieurs à façon des communes alentours. Gaspard, qui profite de ce chantier pour apprendre les rudiments de la charpente, m'indique pour sa part que le week-end suivant, avec l'association Sous lou Boès, il participera à animer une balade dans les Monts Breysse, près du Monastier-sur-Gazeille, sur les contes et légendes qui ont pour cadre les forêts du secteur.


Trêve de bavardages cependant : les découpes effectuées, les deux acolytes passent à la pose et à la fixation des pièces. Le poteau, d'abord, qu'il faut installer en force sous l'entrait à coups de masse, puis les deux pièces qui constituent la jambe de force. Après quelques ajustements, celles-ci sont moisées : elles enserrent la pièce à soutenir, à laquelle elles sont associées par boulonnage. Voici donc ce que peuvent devenir, parmi de nombreuses autres possibilités, les sapins du Meygal une fois abattus et transformés.



