Sortie « placette forestière » à Raffy

Publié le 2 février 2026

par Roméo Bondon

Un dimanche, le dernier de janvier, à proximité du chalet du Meygal. Les récentes chutes de neige attirent une foule de skieurs de fond pour profiter du domaine nordique du massif. Aux alentours de 9 heures 30, un petit attroupement se forme avec toutefois une autre idée en tête que d’aller parcourir les pistes. Ce matin-là, nous proposons une sortie dans l’une des nombreuses parcelles de forêt privée qui composent le massif du Meygal, dans le but d’y établir une nouvelle placette forestière. Cette méthode d’inventaire nous permet de décrire un peuplement forestier et de suivre son évolution sur le temps long. Une quinzaine de participants et de participantes sont venus des communes de Saint-Julien Chapteuil, Grazac, Saint-Hostien et Saint-Pierre-Eynac pour découvrir les parcelles de la famille Duret, installée à Raffy, commune de Queyrières. Deux membres de l’association Forêts des Sucs, installée à Yssingeaux, reviennent sur les activités de leur structure et annoncent la tenue d’une Fête de la forêt, à Lapte, le 21 mars prochain.

Avant de gagner les bois, Christophe Duret nous rappelle l’histoire de la forêt dans laquelle nous nous apprêtons à entrer. Celle-ci a été plantée par le grand-père de sa compagne, Stéphanie, sur des terres agricoles auparavant pâturées. Depuis lors, il y a eu très peu d’interventions sylvicoles : quelques arbres abattus pour faire du bois de chauffage, ainsi que des chablis récoltés dans le même but – des chablis, c’est-à-dire des arbres renversés à cause d’événements météorologiques (tempête, neige lourde, coup de vent). Cette courte présentation nous laisse présager que la parcelle à visiter sera une plantation monospécifique, plutôt régulière et sombre, avec peu de régénération naturelle. Nous verrons qu’il n’en est rien.

Une marche d’approche d’une quinzaine de minutes nous fait traverser les parcelles attenantes, pour certaines publiques et gérées par l’Office national des forêts, pour d’autres privées, puis longer un pré humide. Une épaisse couche de neige le recouvre. C’est en fil indienne, les pas des uns dans ceux des autres, que nous le franchissons. Nous arrivons alors à la lisière du bois des Duret, dont les limites sont marquées par des petites murailles en pierre. La taille de certains arbres, notamment des sapins et des épicéas, nous interpelle aussitôt. Leur diamètre atteint 60 à 80 centimètres, ce qui laisse imaginer qu’ils font parties des premiers individus plantés, voire qu’ils étaient présents avant. En parcourant la parcelle, on s’aperçoit que celle-ci est beaucoup plus variée que nous le pensions. On repère cinq essences principales (épicéa, sapin, hêtre, bouleau, pin sylvestre), plusieurs strates de végétation (arbustes, jeunes arbres et arbres matures), ainsi qu’un sol parfois parsemé de blocs de pierre et à d’autres endroits très humide, notamment autour d’un cours d’eau qui alimente la Sumène.

Après avoir fait le récit des reboisements successifs qui ont participé, au XIXe et au XXe siècle, à la construction du massif forestier du Meygal, nous nous arrêtons autour d’une souche haute pour mettre en place une placette forestière. Pour ce faire, nous mesurons tous les arbres de plus de 7,5 centimètres de diamètre dans un rayon de 10 mètres autour de la souche, qui est notre point de repère, et répertorions leur essence. Nous répétons la démarche dans un rayon de 20 mètres avec les arbres plus importants, d’un diamètre de plus de 30 centimètres. Contrairement à la sortie précédente qui s’est déroulée sur la commune de Champclause, les arbres inventoriés sont plus gros et moins nombreux, ce qui témoigne de l’ancienneté relative du peuplement et des conditions de sa croissance. Deux groupes distincts effectuent les mesures et en prennent note dans des tableaux qui alimenteront une base de données utile à des analyses scientifiques ultérieures.

Malgré nos pieds quelque peu gelés par le manteau neigeux, nous prenons le temps de présenter une méthode d’inventaire supplémentaire, qui sera déployée par Antonin Duret, stagiaire au sein du projet Retour vers la forêt future à partir de mi-février. Il s’agit de l’indice de biodiversité potentielle (IBP), méthode qui permet de prêter attention au degré de maturité écologique d’un peuplement forestier ainsi qu’aux habitats disponibles pour la micro-faune, les chauves-souris, les oiseaux ou les petits mammifères. C’est une telle méthode que nous mettrons en œuvre lors de la prochaine sortie collective, prévue le samedi 21 février dans la forêt d’Auteyrac, commune de Saint-Julien Chapteuil.

Ajoutons que nous sommes toujours à la recherche de propriétaires privés volontaires pour accueillir dans leur parcelle une placette forestière. Si vous êtes concernés, n’hésitez pas à nous contacter à cette adresse :