Séjour initiatique auprès de la « Génération Forêt »

Plongez au coeur d'une véritable culture forestière !

Ce qui vous attend sur place

Ce voyage vous emmène dans une période située entre 1930 et 1950. Vous aurez la chance d’y vivre un séjour initiatique auprès de la Génération F. : la Génération Forêt.

A l’instar d’Obélix avec la potion magique, les habitants de la Génération F. sont tombés dans la forêt quand ils étaient petits. Elle fait partie intégrante de leur vie : en tant que ressource, mais aussi en tant que vecteur de convivialité, de temps et de savoir-faire partagés. Or, la Génération F. marque une période singulière de l’histoire du Meygal, car cette culture forestière a surgi presque aussi vite qu’elle a disparu :

- Les générations précédentes ont grandi dans un massif en cours de croissance et les activités quotidiennes n’étaient pas encore clairement intriquées avec la forêt.
- Quant aux générations suivantes, elles évoluent certes dans un Meygal boisé, mais c'est comme si elles vivaient "à côté". Le travail en forêt devient l’apanage de professionnels et la fréquentation des bois a pour motif essentiel le loisir. Parmi ces générations, quelques "fous de forêt" existent encore, bien sûr, mais ils ne sont plus légion...

C’est donc un séjour exceptionnel que nous vous proposons auprès de la Génération Forêt. Il vous permettra de vous familiariser avec un ensemble de pratiques forestières aujourd’hui disparues. Des pratiques très concrètes, qui ressemblent pourtant à d’obscures devinettes…

--> Comment transformer un fagot en souliers pour aller danser ?

--> Quel est le point commun entre un épicéa et un cochon ?

--> Comment faire entrer la forêt au creux de vos mains ?

--> À quoi servent des pommes de terre dans une forêt enneigée ?

Préparez vos valises !

À emporter 

--> Du respect pour les aînés

--> Une excellente condition physique

À oublier

--> Vos diplômes, si vous en avez. Ils ne vous seront d'aucune utilité.

Votre guide sur place

Photographie issue d'archives privées. Usage interdit (voir les mentions légales du site)

Marcel Nicolas

Ce ne sont pas des forestiers de métier qui vous accueillerons, mais des paysans aux savoir-faire tentaculaires. Vous séjournerez ainsi à la ferme de la famille Nicolas et Marcel (le fils cadet) se chargera de votre initiation. Marcel Nicolas est né en 1925, il est un enfant de la Génération Forêt. Il nous a quitté en 2018. 

« 21 août 1946. Ciel nuageux avec vent du nord, froid. La matinée, on va au bois couper notre stère, on coupe 4 arbres qu’on prépare à charger. Il y a près d’un an que nous n’avions pas travaillé au bois, comme il fait bon respirer la résine et toutes les odeurs de la forêt. »

Journal de Marcel Nicolas, Archive privée.

Votre séjour en détail

Trouver le point commun entre l’épicéa et le cochon

Vous travaillerez sur des chantiers de coupe supervisés par les Eaux et Forêts, en compagnie de Marcel, son père et d’autres paysans de Queyrières. Vous abattrez les épicéas marqués par le garde forestier, destinés à être récupérés par un marchand de bois pour devenir des poteaux électriques. Vous travaillerez qu’il pleuve ou qu’il neige et, si le sol est gelé, un sac de pomme de terre vous sera prêté pour protéger vos genoux.

En échange de ce travail, vous serez autorisé à récupérer un stère de bois, l’écorce et les branches des arbres. Vous découvrirez ainsi que la coupe n’est qu’une étape du travail parmi d’autres, souvent la plus brève, précédant les tâches laborieuses d’élagage, d’écorçage et de constitution de fagots. Les membres de la Génération F. savent que dans l’épicéa, c’est comme dans le cochon: tout est bon.

17 janvier 1944.

La matinée nous sortons un silo de choux raves et on rentre du bois au hangar. L’après-midi, on va couper du bois au Servey, il y a 6 à 7 paysans qui ramassent les branches, pointes et écorces.

5 juillet 1944.

Lever 7h, travail du matin [à la ferme], soupe. [Le garde forestier] d’Araules vient me demander de l’aide à couper les 8 derniers arbres de la coupe du Servey. A 11h, retour, je fends du bois en attendant midi. L’après-midi on va finir d’élaguer et écorcer 3 arbres restant. Je tue un petit lièvre (un peu plus d’une livre). Beau temps, léger vent du Nord,

Journal de Marcel Nicolas, Archive privée.

Faire entrer la forêt au creux de vos mains

Une partie du bois que vous aurez récupéré en forêt sera utilisé pour la fabrication d’outils agricoles.

Vous accompagnerez Marcel à la scierie et en rapporterez des planches. Le père Nicolas vous initiera ensuite à la fabrication de chars à bois, de tombereaux, de baquets étanches et de manches à outils. Car pour la Génération F., les arbres du Meygal ne sont pas seulement une ressource pour se chauffer, ils s’invitent aussi à la ferme pour transporter le fumier, pour abreuver les bêtes, pour prolonger la main du paysan, et même pour transporter d’autres arbres, abattus après eux.

 A Raffy, il n'y avait pas de métier à proprement dit, que des cultivateurs mais réparant autant que possible leurs outils. Mon père, il savait tout faire avec son établi et outils de menuisier. […] Il n'y avait que les roues qui étaient faites par le charron de Queyrières qui aidait pour le cerclage à chaud. 

Souvenirs de Marcel Nicolas, 2001, Archive privée.

 

Transformer un fagot en souliers pour aller danser

Vous découvrirez enfin que dans le Meygal, le bois circule aussi comme une monnaie vivante, une monnaie qui a lentement poussé et que les paysans ont récolté.

Vous accompagnerez ainsi Marcel dans la confection de fagots de bois pour les artisans de Queyrières et, en retour, vous bénéficierez de leurs services. Le boulanger fera cuire votre pain, le cordonnier réparera vos souliers. Vous serez alors fin prêt pour aller danser le dimanche à Saint-Julien : 15 km aller-retour, à pied.

 

22 novembre 1945.

Brouillard et vent du nord. La matinée , je vais chercher un char de fagots pour le cordonnier de Queyrières qu’on laisse en bas du pré près de la route.

23 novembre 1945.

Brouillard et vent du nord. La matinée on va encore chercher un char de fagots, ça en fera 65 avec celui d’hier pour le cordonnier. L’après midi, on rentre une cinquantaine de fagots 13 dans la grange. Claudius le cordonnier vient chercher ses fagots, je l’aide à charger.

Journal de Marcel Nicolas, Archive privée

Les avantages d'un séjour auprès de Marcel

Localisation idéale

Vous séjournerez au lieu-dit « La Banque », en face de l’actuel chalet du Meygal. Vous serez donc en forêt et à pied d’œuvre en quelques minutes à peine.

La Banque et la forêt domaniale depuis la Marine (Montivernoux), environ 1947. Photo de Marcel Nicolas, Archives privées (usage interdit, voir les mentions légales du site).

Sens de l'hospitalité

Marcel n’a pas encore été guide pour des voyageurs temporels, mais il a déjà une solide expérience en matière d’hospitalité envers « l’étranger ». En 1944, lui et son père accueillent régulièrement les maquisards à la ferme, pour écouter la radio et se réchauffer. Plus tôt, en 1938, ils offrent le couvert à un touriste stéphanois et Marcel l’entraîne ensuite en forêt. Le visiteur partage la qualité de l’accueil dans la revue « Cyclotourisme » du 1er juin 1938 :

« Je remarque une petite maison installée au flanc du Suc de la Marine. La cheminée fume dans le ciel clair et j’ai l’idée d’aller y chercher pitance. L’accueil est franchement cordial, voire même chaleureux. Je pensais rencontrer des gens méfiants, mais c’est une brave famille montagnarde qui me prie de me mettre à table, illico ! […] Ensuite, en route pour le Meygal. J’ai laissé mon vélo à la ferme et Marcel m’accompagne ou plutôt me guide. Sous les résineux, la température est plus douce. On y respire un air tonique et embaumé. A droite comme à gauche, ce sont des sous bois avec de gros blocs de lauze éboulés. L’ombre y est maitresse.  […] Plus tard, nous redescendons du Testavoyre sous-bois, par des sentes presque invisibles où mon petit guide m’entraîne. »

Le jeune Marcel, son père et le vélo de leur hôte Lucien Clairet, en 1938. Source: Gallica.

Fort attachement à la forêt

Même s’il n’a pas vécu toute sa vie à Raffy, Marcel compte parmi nos guides les plus amoureux de la forêt.

Pour l’anecdote : en 1967, Marcel est en vacances à Raffy avec sa femme et ses enfants. Un matin, il part tôt, dans le brouillard, récupérer discrètement quelques plans de sapins pour les ramener là où il vit, à Romorantin.

On raconte que s’il avait pu, c’est la forêt toute entière que Marcel y aurait dupliqué.

Quelques lectures pour bien préparer votre voyage

--> Le récit d'une sortie en vélo dans le Meygal de 1938 , article de Lucien Clairet paru dans la revue Cyclo-tourisme en 1938.

--> Etraits du journal de Marcel Nicolas relatifs au travail du bois dans le Meygal entre 1944 et 1947, Archives privées, consultation de ce fichier dans un cadre strictement privé. (Voir les mentions légales du site). 

D'autres séjours qui pourraient vous intéresser